CLOSE UP

Close Up by Mangoo Pickle

Créations autour de Ellis Island réalisées dans le cadre de l’évènement Close UP organisé par l’asbl   »Mangoo pickle »

 

Textes accompagnant l’exposition :

 

Ellis Island par Dustlab

 

La résonance d’Ellis Island est aujourd’hui évidente, et plus que jamais. Une simple inversion des rôles, 

les migrants d’hier sont les accueillants d’aujourd’hui.

Dans ces visages du passé, surgissent ceux de nos arrières grands-parents, de nos grands-parents. 

Ils sont  le reflet de ce que nous avons été,de ce que nous aurions pu être, de ce que nous sommes.

Quand la sirène du bateau retentit, il faut l’écouter avec attention et  bienveillance. 

Elle nous appelle : c’est aussi notre départ, notre traversée, notre voyage.

« Nul homme n’est une île, un tout en soi; chaque homme est partie du continent, partie du large. 

La souffrance et la mort de tout homme me diminue parce que j’appartiens au genre humain. «  

 

Nous avons réalisé les différents projets avec les images des photographes Lewis Hine et 

Augustus Frederick Sherman ainsi que celles des illustrateurs Shaun Tan et Joëlle Jolivet. 

Les textes proviennent des oeuvres de Georges Perec, Emma Lazarus et Erri De Luca. 

 

Ellis Island, l’île des larmes (1892-1954)  par Georges Perec

 

A partir de la première moitié du XIXe siècle, un formidable espoir secoue l’Europe : pour tous les peuples écrasés, opprimés,

oppressés, asservis, massacrés, pour toutes les classes exploitées, affamées, ravagées par les épidémies,

décimées par des années de disette et de famine, une terre promise se mit à exister :  l’Amérique,

une terre vierge ouverte à tous, une terre libre et généreuse où les damnés du vieux continent

pourront devenir les pionniers d’un nouveau monde, les bâtisseurs d’une société sans injustices et sans préjugés.

 

Pendant plusieurs dizaines d’années, l’ultime étape de cet exode sans précédent dans l’histoire de l’humanité, fut,

au terme d’une traversée le plus souvent effectuée dans des conditions épouvantables, un petit îlot nommé Ellis Island,

où les services du Bureau fédéral de l’immigration avaient leur centre d’accueil.

Ainsi, sur cet étroit banc de sable à l’embouchure de l’Hudson, à quelques encablures de la statue de la Liberté,

se sont rassemblés pour un temps tous ceux qui, depuis, ont fait la nation américaine.

 

Tous les émigrants n’étaient pas obligés de passer par Ellis Island.

Ceux qui avaient suffisamment d’argent pour voyager en première ou en deuxième classe étaient rapidement

inspectés à bord par un médecin et un officier d’état civil et débarquaient sans problèmes.

Les émigrants qui devaient passer par Ellis étaient ceux qui voyageaient en troisième classe, c’est-à-dire dans l’entrepont,

en fait à fond de cale, au dessous de la ligne de flottaison, dans de grands dortoirs, sans fenêtres, sans aération,

sans lumières où deux milles passagers s’entassaient sur des paillasses superposées.

Le voyage coûtait dix dollars dans les années 1880 et trente-cinq dollars après la guerre de 1914.

Il durait environ trois semaines. La nourriture consistait en pommes de terre et en harengs.

 

De 1892 à 1924, près de douze millions de personnes passeront par Ellis Island, à raison de cinq à dix mille par jour.

La plupart n’y séjourneront que quelques heures; un à deux pour cent seulement seront refoulés (250 000 personnes).

En somme, Ellis Island ne sera rien d’autre qu’une usine à fabriquer des américains, une usine à transformer

des émigrants en immigrants, une usine à l’américaine, aussi rapide et efficace qu’une charcuterie de Chicago :

au bout de la chaîne, on met un irlandais, un juif d’Ukraine ou un italien des Pouilles, à l’autre bout – après inspection des yeux,

inspection des poches, désinfection – il en sort un américain. Ce n’était, tout compte fait, qu’une formalité anodine

mais ce qui était en jeu était vital : ils avaient renoncé à leur passé et à leur histoire,

ils avaient tout abandonné pour tenter de venir vivre ici une vie qu’on ne leur avait pas donné le droit de vivre

dans leur pays natal et ils étaient désormais en face de l’inexorable.

 

Mais petit à petit, se referme la Golden Door de cette Amérique fabuleuse où les rues sont pavées d’or, où la terre appartient à tous.

En fait, à partir de 1914, l’émigration commence à s’arrêter, d’abord à cause de la guerre, ensuite à cause d’une série de mesures

qualitatives (Literacy Act) et quantitatives (quotas) interdisant pratiquement l’entrée des Etats-Unis à ces « rebuts misérables » et

à ces « masses entassées » que, selon Emma Lazarus, la statue de la liberté invite à venir.

 

 Emma Lazarus, The new colossus (1883) – Texte de la statue de la liberté

 

“Keep, ancient lands, your storied pomp!” cries she

Give me your tired, your poor,

Your huddled masses yearning to breathe free,

The wretched refuse of your teeming shore.

Send these, the homeless, tempest-tost, to me,

I lift my lamp beside the golden door !

 

Garde, Vieux Monde, tes fastes d’un autre âge, crie-t-elle

Donne-moi tes pauvres, tes exténués,

Qui en rangs pressés aspirent à vivre libres,

Le rebut de tes rivages surpeuplés,

Envoie-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte

J’élève ma lumière et j’éclaire la porte d’or !

 

Aller simple – Erri De Luca – traduction Danièle Valin – 2012

 

Nous sommes les innombrables, redoublés à chaque case d’échiquier,

Nous pavons de squelettes votre mer pour marcher dessus.

 

Vous ne pouvez nous compter, une fois comptés nous augmentons

Fils de l’horizon qui nous déverse à seaux.

 

Aucune police ne peut nous opprimer

Plus que nous n’avons déjà été blessés.

 

Nous serons vos serviteurs, les enfants que vous ne faites pas,

Nos vies seront vos livres d’aventures.

 

Nous apportons Homère et Dante, l’aveugle et le pèlerin,

L’odeur que vous avez perdue, l’égalité que vous avez soumise.

 

 

Siamo gli innumerevoli, raddoppia ogni casella di scacchiera, 

Lastrichiamo di corpi il vostro mare 

per camminarci sopra.

 

Non potete contarci: se contati aumentiamo, 

Figli dell’orizzonte 

che ci rovescia a sacco.

 

Nessuna polizia può farci prepotenza

Più di quanto già siamo stati offesi.

 

Faremo i servi, i figli che non fate,

Le nostre vite i vostri libri di avventura.

 

Portiamo Omero e Dante,

il cieco e il pellegrino,

L’odore che perdeste, l’uguaglianza che avete sottomesso.

 

Réalisations :

Tables basses : Multiplex stratifié, MDF noir, Photos anciennes (NYPL Digital Collections) imprimées sur bois

Etagère MC : Multiplex chêne, MDF noir, Portes illustrations par « 13 pulsions » imprimées sur bois

Puzzle géant : Multiplex frêne, Illustrations « 13 pulsions » imprimées sur bois

Théâtre : Multiplex frêne, Photos anciennes (NYPL Digital Collections) imprimées sur bois + Illustrations